
j'ai beaucoup pensé à La flèche du temps, ces dernières semaines.
J'ai petit à petit oublié la langue que j'avais patiemment apprise, j'ai redéposé dans la rue les caisses que j'y avais trouvées, j'ai vendu mes livres aux bouquinistes à qui je les avais achetés, j'ai redécouvert mon appartement vide comme au premier jour de mon installation, j'ai évoqué notre première rencontre avec des personnes à qui je disais au revoir, j'ai passé des derniers jours heureux dans la maison où ma vie à Tokyo avait commencé...
Comme dans le roman de Martin Amis, j'ai vécu à rebours au point de glisser dans mon sac L'art du voyage de Alain de Botton qui avait déjà pris l'avion avec moi à l'aller... Histoire de mesurer à quel point j'ai pu changer...
Chère Ga, quand tu liras ces lignes, nous partagerons à nouveau le même fuseau horaire, la même partie de la terre et je foulerai les pavés de la ville que j'ai choisie pour y poursuivre ma vie et où tu viendras bientôt me voir.
Je troque un ciel immense et bleu contre un plus petit gris. Trente-trois millions d'habitants contre à peine un peu plus d'un. Dix mille kilomètres d'éloignement contre quelques centaines. Tokyo contre Bruxelles.
Jamais jusqu'à présent je n'ai eu autant l'impression d'être en train d'écrire mon histoire... Et, tu t'en doutes, ma trousse est pleine de stylos de toutes les couleurs !

