dans la file de voitures arrêtées moteur coupé, il n'y a eu aucun débordement d'impatience ou de colère. A gauche la mer, à droite, un vague terrain, encore vierge, entre parking et camps de mobilhomes. On n'avançait plus et rétrospectivement, ça a été bien de ne pas savoir au moment où nous avons commencé à attendre et à guetter des signes que ça allait durer deux heures. Les ourses à l'arrière redécouvraient la voiture qui leur semblait d'un seul coup très attrayante. Ouverture de la boîte à gants, recherche de bonbons, limage d'ongles (à la place des bonbons il y a une grappe de petites lames rouges neuves), recherche de station de radio, mime de conduite. Puis jeux de ballon dans le terrain vague, marche le long de la route pour voir jusqu'où rien ne se passe.
La fille devant ne bougeait absolument pas, elle avait le coude sur l'appui-tête passager, les gens derrière se bécotaient et mangeaient des pommes, les gens qui nous dépassaient en vélo avaient presque tous des casques ; les gens sortaient de leur voiture, se rassemblaient pour échanger des explications, le petit couple en décapotable portait des lunettes Ray Ban forme pilote. J'ai changé de place et décidé de conduire, quelle ironie, si la file se mettait à frémir.
Ce n'est qu'au bout d'un long moment que j'ai pensé au carnet et à la petite trousse rangés avec le roman de plage. Je suis sorti les récupérer dans le coffre, me suis installée et ai sorti le stylo, ouvert le carnet. C'est au moment où j'ajustais la mine, déclenchant ainsi une des lois les plus imparables de l'univers à l'affût, que les voitures se sont remises en marche.