il fut un temps, celui de la très jeune jeunesse sans doute, les joues rebondies et l'œil naïf, où j'attirais systématiquement les regards les approches et les conversations inopinées. Où que je sois, j'étais certaine d'attirer comme un aimant l'esseulé, le dérangé, la pleureuse, l'aviné, le qui-cherche-des-noises, la folle. Forte de cette conviction, cela ne manquait jamais, et dans la foule, le pauvre hère trouvait le chemin qui le menait à moi les yeux fermés. Je m'en plaignais, puisqu'évidemment, je ne savais jamais comment m'échapper ensuite - et j'ai encore un peu ce penchant navrant d'écouter quiconque me parle avec patience et sans aucune répartie, quand pourtant j'ai autre chose à faire, une envie de détaler ou une très bonne excuse à servir. Une tendance nouille à attendre que l'autre ait fini pour en placer une.
Comme tous les petits tracas des gens timides s'éliminent, hélas!, doucement, sur la pointe des pieds, je ne m'en suis pas immédiatement rendue compte. La flèche "disponible à toutes les singeries" a dû simplement cesser de clignoter au-dessus de ma tête, un jour, il y a déjà un moment.

Faut il vraiment se réjouir - encore qu'il y ait des résistances ça et là -, de l'érosion de tout signe de sympathie?