s'il m'arrive de rentrer à la linière le ventre vide, ce n'est jamais le cas de mon appareil photo !
Les premiers jours, les mains couvertes de laine, les bras chargés de mes sacs, il m'est arrivé de passer à côté des façades, des lézardes, des couleurs écaillées en pensant que la ville saurait m'attendre, que Bruxelles n'était pas Tokyo où tout disparaissait et où ce qui n'était pas vu était perdu.
Très vite, je suis sortie plus légère mais jamais sans mon appareil.
J'entendais Doisneau, tout à l'heure, qui disait à la radio que ses photos étaient le fruit de l'attente, qu'il fallait savoir être immobile. Et je me suis rendue compte que c'était rarement mon cas : mes foulées sont longues sur les pavés et même quand je ne sais pas où je vais, je me dépêche d'y aller !
Comme si mes yeux avaient besoin de ce rythme-là, de ce mouvement pour voir ce qui me donne des raisons de m'arrêter.
Récemment, je me suis demandée si ça n'allait pas s'épuiser : si la ville ne cesserait pas de m'offrir tant de choses à voir, un jour...
Mais non ! Forcément non ! Même dans les rues que j'emprunte le plus souvent, des surprises m'attendent tous les jours. Et, l'autre fois, c'était une deux-chevaux d'un rose aussi hallucinant que celui d'un éléphant !
Mais le jour de la souris, vraiment, j'ai pensé que mes yeux étaient bioniques...